Dans le cortège soumis au régime de la douche écossaise, il y avait une majorité de salariés des établissements Capdevielle, mais ils n'étaient pas seuls.
Ainsi Françoise, Nadine et Sylvie, trois employés de la maison de retraite d'Hagetmau, « venues en soutien ». « On espère qu'ils trouveront une solution », dit Françoise. « Des sous surtout », renchérit Nadine. « Si Capdevielle meurt, à Hagetmau, il n'y aura plus rien. »
« Si Capdevielle meurt... »
Un peu plus loin, deux retraités d'Horsarrieu, Claude et Gervais. Ils sont unanimes. « Il faut garder les emplois au pays. Si on sort "Capde", il n'y aura plus personne. »
Les élus, nombreux (1), partagent évidemment l'analyse. « Capdevielle, ce n'est uniquement Hagetmau », lâche Stéphane Delpeyrat. Il a calculé que Saint-Aubin, sa commune, comptait 15 salariés de Capdevielle.
Progressivement, on entre dans le vif du sujet. Ainsi Serge Lansaman vilipende ces banques « qui ne prêtent pas, qui ne font pas leur travail ». « La moindre des choses serait qu'elles rendent ce qu'on leur a prêté. »
Et le propriétaire de Capdevielle, ce fonds de pension luxembourgeois ? Lui aussi est invité à injecter de l'argent pour redonner des couleurs à une trésorerie en berne. C'est d'ailleurs ce manque de liquidité qui constitue le noeud du problème. L'entreprise ne parvient pas à payer les matières premières dont elle aurait besoin pour honorer un carnet de commandes plutôt bien rempli.
C'est un cercle vicieux résumé par Henri Emmanuelli, présent dans la foule massée devant la préfecture. « Le propriétaire attend que les banques mettent de l'argent et les banques attendent l'inverse. » Pour le président du Conseil général, guère de doute, « le dépôt de bilan est une probabilité forte ».
Il ne loue pas l'implication de Luc Chatel, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie. « Je l'ai secoué, il ne m'a pas répondu. »
Quatre heures d'audience
Selon des chiffres officieux, c'est de 8 millions d'euros dont Capdevielle aurait besoin. Dans l'idéal, le propriétaire et les banques devraient abonder de la moitié chacun.
Sous la banderole qu'il partage avec son collègue Nicolas, Yannick s'inquiète. « On a des enfants, des crédits, des loyers... et ce qu'on comprend, c'est qu'on a du travail et qu'on devrait fermer. »
Pendant ce temps-là - quatre heures - une délégation de sept représentants syndicaux est reçue par Vincent Roberti, le secrétaire général de la préfecture.
Le bruit court un temps que ce dernier est retenu. « C'est juste que personne n'arrivait à avoir Gibier (le président du directoire, Ndlr) », éclaire Vincent Roberti. « Si on avait séquestré quelqu'un, c'était nous-mêmes », sourit un peu tristement Joël Henry (Unsa).
Tristement parce qu'il n'est pas sorti grand-chose de cette rencontre marathon. Jean-Marc Dumartin (CGT) se dit d'ailleurs « très déçu ».
La seule avancée est la tenue lundi matin, dès 8 heures, d'une table ronde réunissant le préfet, un représentant de la Banque de France, le directeur départemental du travail, les syndicats, Jean-Luc Gibier, ... Elle sera suivie d'un comité d'entreprise extraordinaire. Il y sera aussi question du paiement des salaires du mois d'avril.
(1) Les maires d'Hagetmau, Cazalis, Doazit, Sainte-Colombe, Saint-Cricq, Saint-Aubin, Mugron, Horsarrieu, Mant... La liste n'est pas exhaustive.


